Itsas Belara
« On ramasse moins de déchets cette année. Peut être 3 tonnes sur la saison. Les années passées, on était autour des 5 ou 6 tonnes ». On se hâte d’y voir une bonne nouvelle mais, Arnaud Clavié, capitaine du Itsas Belara explique que, si ces déchets ne parviennent pas jusqu’à nos côtes, ils sont bien quelque part en mer, charriés par des courants au large et les conditions météorologiques changeantes. Il ajoute qu’on ne verrait de toute façon, sur nos côtes et nos plages, que 2 pour cent des déchets plastiques rejetés dans l’atlantique. Le reste, forme peut être un continent qui reste à découvrir… comme dans le Pacifique.
Chaque année, l’Itsas Belara, sillonne la côte basque, pour le syndicat mixte Kosta Garbia, composé de la Communauté Pays Basque et du Département des Pyrénées-Atlantiques. En 2018, sur la période d’activité de ramassage, du 1er mai au 10 septembre, Arnaud et ses matelots saisonniers ont ramassé 27 tonnes de déchets, dont 17 tonnes de plastique et 10 tonnes de bois flottant. Cette mission, Arnaud en a hérité de son père, qui lui a aussi laissé le bateau de pêche. Si d'autres entrepreneurs, avec des technologies plus modernes, répondent a l'appel d'offre annuel émis par Kosta Garbia et convoitent cette responsabilité, Arnaud reste confiant dans ses resultats passés, la simplicité et l'efficacité de sa méthode de ramassage.
Depuis sa cabine, Arnaud repère leș courants, les lignes entre deux eaux où les mousses et la pollution s’amassent. "C’est là que l’on observe la mauvaise qualité des eaux et tous ce qui peut potentiellement se retrouver sur les plages de la côte basque." Ses matelots déploient alors un chalut en surface sur le coté du bateau qui récupère les déchets flottants. Ce matin là, une glacière électrique en deux parties, un chou blanchit par l’eau salée et même du haschich "nutellhash" se sont glissés dans les filets, au milieu des déchets plastiques habituels.
Le reste de l’année, c’est une pêche un peu plus classique que pratique Arnaud et ses matelots à bord de l'Itsas Belara: le gelidium sesquipedale, algue rouge detachée des roches cotières puis envoyée de l’autre coté de la frontière espagnole pour en faire de l’agar-agar.
Sur son ordinateur de bord, Arnaud présente avec fierté la carte du relief sous marin qu’il a générée en sondant les fonds sous chaque route quotidienne, empruntée depuis 5 ans. À en lire la carte, il semble avoir couvert tout le littoral de la Bidassoa à l’Adour sur la bande des 300m. Lorsqu’un point GPS manque à sa cartographie, il y passe volontairement afin de compléter le fichier et ajouter une dimension scientifque à sa mission.
"80% des déchets que l'on retrouve sur les plages proviennent de l'intérieur des terres. Ils transitent par les cours d'eau." précise Nikita Tuffier, responsable de la mobilisation et du réseau européen chez Surfrider Foundation. "Les ramasser lorsqu'ils arrivent en mer permet a priori de limiter temporairement l'échouage de ces déchets sur les plages et dissimule en quelque sorte cette pollution pour que le littoral reste attractif." La démarche de Surfrider Foundation, ONG dont les bénévoles organisent régulièrement des collectes de déchets au Pays Basque, est differente: l'association travaille sur la sensibilisation des citoyens, la quantification des déchets et la récuperation de données sur leur qualité et leur origine. "C'est très important pour nous de suivre cette donnée en organisant ou en participant à des collectes mais le ramassage en soi, est une solution à très court terme."
"En parallèle, d'autres types de pollutions invisibles altèrent la qualité des eaux de baignade. Chez Surfrider, nous travaillons également sur la pollution bactériologique, chimique et biologique comme Ostréopsis qui a perturbé l'acces a certaines plages du Pays basque cet été. Pour travailler sur ces pollutions complexes, nous avons également besoin de nos bénévoles pour récupérer de la donnée, dans une même logique de traiter le problème à la source."
Au debut du mois d'aout à Geneve, les negociations pour promouvoir la circularité de l'économie plastique et pour empecher ses fuites et débordement dans l'environnement échouaient. "Nous attendions de Genève un traité capable de mettre réellement fin à la crise mondiale de la pollution en traitant le fléau à la source avec une diminution de la production. Le texte est finalement très faible, sans contrainte. Pour nous, mieux vaut pas de traité qu'un texte au rabais. Surfrider Foundation fait partie d'un consortium d'ONG qui appellent à reprendre les discussions sur des bases solides pour un traité juridiquement contraignant et ambitieux." conclue Nikita Tuffier.