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Ligne rouge
Le 18 juillet 2022, un incendie de grande ampleur se déclare sur la commune de Brasparts, dans les monts d’Arrée, en Bretagne. Plus de 2 200 hectares de landes et de forêts sont détruits. Menacée par les flammes, la chapelle Saint-Michel de Brasparts est épargnée : le feu s’arrête à quelques mètres de l’édifice.
Le 27 décembre 2022, cinq mois après l’incendie, je reviens photographier ce territoire marqué par le passage du feu. Je retourne également sur la terre de mes ancêtres, au cœur d’un paysage intimement lié à mon histoire personnelle. Le feu transforme les territoires, mais aussi les paysages de notre mémoire. Il efface certains repères, redessine les reliefs et fait apparaître une nouvelle géographie.
Dans chaque photographie, j’inscris une ligne rouge qui souligne les traces laissées par l’incendie. Elle suit la frontière entre la terre brûlée et la végétation qui repousse, traverse les sols noircis ou relie les vestiges du paysage. Elle devient à la fois un indicateur visuel, une mesure symbolique, une cicatrice et une limite à ne pas franchir.
Ces images se situent à la croisée du documentaire et de l’art contemporain. Elles ne montrent pas l’incendie en cours, mais ses conséquences : les terres calcinées, les arbres brûlés, les pierres mises à nu et les premières repousses végétales.
Ligne rouge est un projet photographique au long cours consacré aux transformations de notre environnement. La ligne rouge y devient un protocole visuel permettant d’observer et de révéler les paysages touchés par les incendies. Elle désigne ce qui a été détruit, ce qui subsiste et ce qui commence à renaître.
Red Line
On 18 July 2022, a major wildfire broke out in the commune of Brasparts, in the Monts d’Arrée, Brittany. More than 2,200 hectares of moorland and forest were destroyed. Threatened by the flames, the Saint-Michel de Brasparts chapel was spared: the fire stopped only a few metres from the building.
On 27 December 2022, five months after the fire, I returned to photograph this landscape marked by the passage of the flames. I was also returning to the land of my ancestors, to a place deeply connected to my personal history. Fire transforms territories, but also the landscapes of our memory. It erases familiar landmarks, reshapes the terrain and reveals a new geography.
In each photograph, I inscribe a red line that highlights the traces left by the fire. It follows the boundary between the burnt earth and the returning vegetation, crosses the blackened ground, or connects the remains of the landscape. It becomes at once a visual indicator, a symbolic measure, a scar and a boundary that must not be crossed.
These images lie at the intersection of documentary photography and contemporary art. They do not show the wildfire as it unfolds, but its consequences: scorched earth, burnt trees, exposed stones and the first signs of regrowth.
Red Line is a long-term photographic project exploring the transformation of our environment. The red line becomes a visual protocol through which landscapes affected by wildfires can be observed and revealed. It points to what has been destroyed, what remains and what is beginning to grow again.